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Entretien avec Basile MAHAN GAHE, Président de la C.M.T.
Dans ce congrès, nous avons rencontré le Président de la C.M.T. (Confédération Mondiale du Travail), Basile MAHAN GAHE, par ailleurs administrateur du B.I.T. (Bureau International du Travail). Reproduit daprès les notes prises alors, voici un aperçu de nos entretiens. Question : Le congrès de lODSTA a témoigné de lextrême pauvreté de lAfrique. En même temps que des voix sy sont élevées pour dire que toutes les causes nétaient pas externes. Réponse : Des voix se lèveront toujours, comme dans ce congrès, tant quil ny aura pas déquité sociale dans nos différents pays dorigine. Cela tient au fait quon a toujours accusé la colonisation, puis le néocolonialisme, mais quaussi, on se rend compte que ses dirigeants ne mettent pas le doigt sur ce qui peut être essentiel pour lAfrique. La fameuse indépendance est loin dêtre une indépendance économique réelle, ni même une indépendance politique. Donc, et dabord, il y a un vrai manque de maturité de certaines personnalités politiques. Cest ce que traduit notamment labsence de programmes de gouvernement et donc de développement. Cest pour cela aussi que les hommes politiques ont toujours orienté les populations vers les régionalismes, les extrémismes religieux, les appartenances ethniques. De telles orientations naident pas les populations à réfléchir sur leur propre situation, leurs conditions de vie et davenir. Au niveau de sa personne, lAfricain est coincé, empêché de réfléchir sur lui-même. Question : Cela vaut-il aussi pour lénergie ? Plus généralement, quelle est votre approche, à cet égard, du NEPAD et de toutes les grandes questions qui touchent aujourdhui le continent africain ? Réponse : Lénergie africaine a été prise en otage par les mêmes, mais aussi par les sociétés transnationales dont le seul but est de nous exploiter. Je voudrais, à ce propos, dire une chose qui me tient à cur. Il faut prendre lAfricain comme une grande personne et lui demander son avis. On ne le fait jamais. Est-ce quil aime ce quon lui sert ? Moi, comme chacun, je le demande à mes propres enfants. Ceux qui possèdent et nous dirigent directement ou indirectement ne le demandent jamais à lAfricain. Depuis la mise en place des plans dajustements structurels (P.A.S.), jamais les gouvernements, pas plus que le Fond Monétaire International ou la Banque Mondiale, nont associé lAfricain, le travailleur africain, à la réflexion. Tout est toujours tombé « du ciel », sans explication. Autre exemple qui montre que, davance, le travailleur africain est culpabilisé pour être mieux ligoté : la déréglementation. Sous prétexte dattirer les investisseurs étrangers et lemploi, il est poussé à lier ses mains davance, en renonçant à ses droits. Il en va de même sagissant de nos matières premières, notamment le cacao et le café : jamais les paysans nont été consultés pour que les prix tiennent compte de leurs difficultés. Sagissant plus précisément du nouvel accord de partenariat pour le développement de lAfrique (NEPAD), jai comme un premier réflexe de bon sens. Je me méfie toujours de publicités concernant ce qui va marriver sans que jai eu mon mot à dire. On nous a déjà fait le coup avec les plans dajustements structurels, et je me méfie dautant plus que les initiateurs de ce NEPAD sont à fond engagés dans des politiques ultra-libérales. Par ailleurs, on ne dit pas à qui profitera le NEPAD. On dit développement de lAfrique, mais de quelle Afrique parle-t-on ? Qui fera les routes et à quels salaires ? Que peuvent espérer les paysans ? Que peut-on attendre des zones franches, qui sont des zones de non-droit, des zones donc dangereuses, surtout pour les plus faibles ? Peut-on se satisfaire du seul fait davoir un emploi ? Pour leur part, lEurope et les USA se sont en fin de compte développés sur le droit et le respect de lautre. Pourquoi lAfrique se contenterait-elle de « linformel » ? Pour moi, tout cela cache une chose : lexploitation, et cela remet en cause tous les prétendus discours sociaux. Question : Dans ce cas, quel est le rôle de « la bonne gouvernance » ? Réponse : Comment peut-on parler de « bonne gouvernance » quand ce qui lemporte, cest la déréglementation dans lentreprise et, partout dans la société, la casse de tout ce qui protège lêtre humain, la disparition des normes à respecter ? La bonne gouvernance, sil sagissait vraiment de cela, ce serait lexigence du respect du droit, du respect de lautre dans un pays, le recours à la discussion libre avec tous les partenaires pour régler les problèmes. Ce serait la transparence basée sur légalité des droits et la justice. La bonne gouvernance, ce devrait être la démocratie et la justice sociale. Au-delà des mots, aujourdhui on lui tourne le dos. Question : Le congrès de lODSTA a adopté une résolution sur lénergie comme droit fondamental pour les individus et leur développement collectif. Cest une première ! Réponse : La seule vraie richesse pour un pays forestier en dehors des hommes et des femmes ce sont ses forêts, ses rivières et la mer. Or, la déforestation va saccélérant au profit des pays occidentaux et on pollue nos eaux. LAfrique na aucun moyen de contrôler les bateaux qui la longent ou la traversent. Et toutes nos villes meurent sous les déchets. Lénergie et le droit à lénergie peuvent être des oubliés pour à la fois la vie des gens, le développement et la lutte pour sauvegarder lenvironnement. Cest pourquoi on ne peut que se réjouir de la venue de votre ONG ici et de la résolution de notre congrès. Un tel développement, qui ne fasse pas de mal, réellement bénéfique, implique impérativement que lEtat joue son rôle de garant des intérêts collectifs. Question : Le droit à lénergie concerne-t-il naturellement les syndicats ? Réponse : Le rôle du syndicat, cest avec eux de faire en sorte que la vie des travailleurs saméliore, ce qui est impossible si ces travailleurs nont pas accès à lénergie. Laccès à lénergie doit donc être une préoccupation majeure dans la formation et toutes les dimensions de laction syndicale. Question : Quest-ce qui empêche les gouvernements, les Etats de traduire ce droit dans leurs textes constitutionnels ? Réponse : Notre jugement est sévère, mais nous devons reconnaître que nos gouvernements ont un poids lourd sur la tête, comme dans tout le tiers-monde : cest la dette. Elle grippe, bloque pratiquement tous les projets et freine y compris les revendications syndicales concernant tous les domaines de la vie. Si la dette était supprimée, cela libérerait les voies de développement et laction revendicative aussi. Il en irait de même mais les deux choses sont liées si un pays pouvait intervenir dans la fixation des prix des matières premières. Si, aussi les sociétés multinationales qui « délocalisent » chez nous avaient un minimum de morale et respectaient quelques règles (elles viennent dans le tiers-monde, mais elles naccordent même pas à nos travailleurs le tiers des salaires quelles doivent concéder ailleurs !). Si les blocages de la dette et des prix sautaient, alors les gouvernements seraient mis complètement au pied du mur pour agir dans le sens de la satisfaction des besoins des populations. Question : Notre association projette dorganiser au Maroc, au cours du premier semestre 2004, un Forum Mondial de lEnergie, auquel bien évidemment vous serez invité. Réponse : Cest avec plaisir que je participerai personnellement, comme Président de la CMT, à votre initiative, mais aussi comme Africain et comme administrateur du B.I.T.
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